Workshop : Après les traites

Workshop international

Après les traites
Penser les formes de dépendance et d’esclavage  
(Afrique – Amérique – Europe, XVIIIe - XXe siècles)
Institut d’Etudes Avancées de Nantes, 14 et 15 novembre 2017
 
 
 
 
Une ambiguïté fondamentale affecte les débats sur l’esclavage et le travail après le milieu du XVIIIe siècle. Les abolitions successives de la traite des Africains, les interdictions de l’esclavage et la poursuite des migrations transocéaniques dans l’Atlantique et dans  l’océan  Indien  se  sont accompagnées  de  la  formation  de  nouvelles  catégories  de  travailleurs  « libres »,  mais  aussi  de l’affirmation de nouvelles formes de dépendance et de travail « non libre » entre le XVIIIe et le XXe siècle. Ces réalités s’inscrivent-elles dans une histoire longue du rapport colonial de l’Europe à ses colonies,  ou  assiste-t-on  à  l’émergence  de  nouvelles  formes  d’esclavage  et  de  dépendance  ?  Ce colloque cherchera à interroger les formes de dépendance, d’esclavage et de travail « non libre » qui se déploient, voire resurgissent, en Afrique, aux Amériques et en Europe, dans des sociétés qui ont connu et pratiqué l’esclavage sur le temps long. Le recours à l’esclavage a permis jusqu’à une période tardive de continuer à pourvoir les économies coloniales et métropolitaines en main-d’œuvre comme d’assurer une  forme  de  stabilité  au  sein  de  ces  sociétés.  Mais  au-delà  de  la  question  des  ruptures  et  des continuités  historiques,  il  nous  semble  important  d’inscrire  l’histoire  longue  des  transferts  forcés d’hommes et de femmes entre les différents espaces du continent africain et d’Afrique vers l’Europe et les Amériques dans les nouvelles représentations et les nouveaux discours qui s’affirment après les abolitions des traites des Noirs. Des nouveaux discours qui concernent autant le rapport au travail et les  représentations  du  travail,  que  le  statut  des  « nouveaux »  travailleurs  (domestiques,  serviteurs, apprentis, employés, engagés, libérés, etc.), ou encore la « race » en tant que construction biologique mais aussi, et davantage, en tant que construction sociale qui prédétermine les statuts individuels, les rapports  sociaux,  économiques  et  juridiques  entre  maîtres/patrons/engagistes  et apprentis/employés/engagés…  Il s’agit donc  des  pratiques  réelles  d’esclavage,  ou  assimilables  à l’esclavage, que ce soit sous l’angle économique, juridique ou social, tout en interrogerant le rapport individuel  ou  collectif  au  travail  et  les  mutations  que  connaît  le  travail  dans  les  économies  post-abolitionnistes. Cinq grands questionnements seront privilégiés lors de ces deux journées:
 
1-  Le travail contraint/ le travail libre : si avec les interdictions de la traite et les abolitions de l’esclavage, le  travail  devient  théoriquement  libre,  qu’en  fut-il  réellement ?  à  quelles  professions,  quels  salaires peuvent  prétendre  et  accéder  les  anciens  esclaves,  leurs  descendants  ou  les  nouveaux  arrivants  du continent  africain ?  comment  se  (re)créent  et/ou  s’entretiennent  des  liens  de  dépendance  entre « employeurs » et « employés » ?  
2-  Les formes juridiques qui accompagnèrent la suppression de la traite et de l’esclavage: de quels outils les sociétés / États usent-ils pour encadrer à la fois le travail et les travailleurs ? Quel fut l’impact des expériences africaines ou caribéennes dans la législation abolitionniste ? Comment les acteurs au plus près du terrain ont pu agir en faveur d’une évolution du droit du travail ? L’analyse des contrats de travail, de la mise en place de la législation sur le travail sera au cœur de cet axe.  
3-  Les pratiques sociales et culturelles : au-delà de leur statut de travailleurs, quelles sont les marges de manœuvres des populations issues de l’esclavage? de quelles manières peuvent-elles s’insérer dans les sociétés ?  Les  mariages,  les  unions  et  les  relations  intimes  (choix  des  conjoints,  pratique  de l’illégitimité ou non, formes des cérémonies) ou les pratiques culturelles seront analysés afin d’évaluer de quelle manière la « race » et le statut de « travailleur contraint » infléchissent les trajectoires.
4-  Les migrations de travail : les courants migratoires de travailleurs libres et non libres qui traversent l’Atlantique et l’océan Indien après 1761, date de la première abolition de la traite des Africains par le Portugal, s’inscrivent-ils dans la continuité des flux de la traite de captifs africains ? Les acteurs sont- ils les mêmes ? Les conditions faites aux migrants sont-elles comparables ?
5-  Les mutations des discours sur le travail après les abolitions : les discours n’ont pas été monolithiques et ne sont pas restés figés. Comment les mutations du travail et de ses représentations s’inscrivent-elles dans l’évolution des économies et des sociétés africaines, américaines et européennes ? Comment relier la valeur d’émancipation du travail et l’instrument d’asservissement qu’il demeure ?  
 
Ces  pistes  ne  sont  pas  exhaustives,  nous  considérerons  avec  le  plus  grand  intérêt  des  propositions portant  sur  d’autres  contextes  géographiques,  chronologiques et  sur  des  aspects  plus  théoriques  qui pourraient enrichir la réflexion transdisciplinaire.  
 
Organisé à l’Institut d’Etudes Avancées de Nantes, et s’insérant dans un cycle d’activités scientifiques programmées  dans  le  cadre  des  programmes  de  recherche  STARACO  (STAtus,  RAce  et  Couleurs dans  l’Atlantique)  et  PRALT  (PRAtiques  de  l’ALtérité),  ce  colloque  se  veut  un  hommage  à  la mémoire  de  Patrick  Harries.  Historien  spécialiste  du  travail,  de  l’esclavage  et  des  formes  de dépendance  en  Afrique,  Patrick  Harries  est  brutalement  décédé  en  2016.  Il  travaillait  depuis  de nombreuses années sur les esclaves et descendants d’esclaves originaires du Mozambique au Cap et en parallèle  sur  la  nature  de  la  traite  négrière  dans  l’océan  Indien  dont  il  était  l’un  des  plus  grands spécialistes.  
 
 
COMITÉ SCIENTIFIQUE ET ORGANISATEUR
António de Almeida Mendes (Université de Nantes, STARACO, en résidence à l’IEA de Nantes)
Céline Flory (Mondes Américains-CERMA, CNRS)
Aanor Le Mouël (Université de Nantes, STARACO)
Violaine Tisseau (IMAF, CNRS)
 
PARTENAIRES
PRALT  (PRAtiques  de  l’ALTérité)  :  programme  de  recherche  pluriannuel  Casa  de  Velázquez (Madrid), Château des Ducs de Bretagne (Nantes), Institut d’Études Avancées (Nantes) et Université de Nantes.  
STARACO (STAtuts, RAce et COuleurs dans l’Atlantique) : programme de recherche financé par la
Région Pays de la Loire, Nantes (www.staraco.org)  
Mondes Américains - CERMA : Centre de Recherches sur les Mondes Américains
IMAF : Institut des Mondes Africains
CIRESC : Centre International de Recherches sur les Esclavages